suite


Jack descendit un peu le chemin puis escalada le rocher jusqu'au sommet.

De loin, sur le sentier, en contrebas, je vis arriver un groupe de trois hommes, habiIlés en randonneurs, l'air exténué. Lorsqu'ils arrivèrent à ma hauteur, je les reconnus ...
Eux, par contre,n'eurent pas l'impression de me reconnaître.
Il est vrai que j'étais habiIlée de façon différente et que mes cheveux étaient tirés sous ma casquette alors qu'ils étaient sur mes épaules, lors de notre rencontre à la boulangerie.
Avez-vous vu le guide de montagne? Nous avons vu son chalet mais il ne s'y trouve pas?
Apercevant du coin de l'½il Jack redescendre du rocher, je compris le danger imminent et décidais de jouer mon plus beau sourire.
_ Bien sûr ... j'ai vu le guide, il est passé ici il y a une heure, il grimpe au refuge ... Moi, j'attends mon mari qui ne devrait plus tarder!
_ Merci, excusez-nous!
Ils échangèrent un regard et repartirent. Lorsqu'ils disparurent, Jack arriva:
_ C'étaient eux, n'est-ce pas? demandea t il
_ Oui ... J'ai eu peur !
_ Que t'ont-ils dit?
_ Ils te cherchent, je les ai envoyés au refuge! Viens, partons !
Nous redescendîmes vers le chalet, mais, arrivés au tournant du sentier, Jack s'arrêta net et me poussa dans les fourrés. Interdite, je restais allongée dans l'herbe, regardant Jack s'accroupir à côté de moi.
D'un signe de la tête, il me désigna le chalet et je vis deux hommes armés en sortir.
_ Ils sont là ! murmura Jack.
_ Deux, seulement, puisque j'en ai aperçu trois, tout à l'heure! Ils se sont séparés pour couvrir plus de terrain.
Jack se tourna vers moi et me sourit:
_ Ils ont dù trouver ton sac, et la radio. Ils vont comprendre que tu leur as menti ... Il faut que j'arrive derrière le chalet, on a besoin de mon équipement pour descendre dans les gorges.
Il se leva lentement, je le saisis par la manche pour le retenir :
_ Non, n'y vas pas! C'est trop dangereux ... ils sont armés!
_ Je vais revenir, dit-il, en déposant un baiser sur mes lèvres et il s'éloigna à travers les buissons.
C'était une situation horrible. Je n'osais à peine respirer ...
Jack, avec la ruse d'un sioux et l'agilité d'un grand fauve se faufilait jusqu'à la maison. Lorsqu'il y arriva, je fermais les yeux et entrepris de calmer les battements de mon c½ur. J'ouvris un ½il et jetais un regard en direction de Jack ... personne! Affolée, je fouillais des yeux les fourrés à droite puis à gauche, et enfin, je l'aperçus! Chargé de son sac à dos, il revenait vers moi.
_ J'ai tout ce qu'il nous fàut... nous allons grimper par la rive du torrent jusqu'au grand pic!
je senti la panique me gagner .
_ Je ne saurais pas .. je n'ai jamais fait d'escalade . .. en plus, j'ai le vertige! répondis-je affolée, Nous pourrions en quelques minutes descendre à la réserve demander de l'aide!
Jack hocha negativement la tete
_Je ne veux pas les mêler à ça, ils se feraient tuer! Il faut que nous nous débrouillions tout seuls! Nous n'avons pas le choix., fais-moi confiance!
Ce qu'il ne savait pas alors, c'est que je l'aurais suivi jusqu'au bout du monde ...

Pour atteindre le torrent, nous dûmes descendre le long de la montagne. Cela nous faisait perdre du temps mais Jack pensait que nos poursuivants ne se douteraient pas de nos projets. Arrivés eu bord du torrent, Jack regarda sa montre:
Il est dix-neuf heures, nous avons encore une heure, voire une heure trente de jour devant nous. Profitons-en pour remplir les gourdes dans le torrent
Après avoir passé en revu le le matériel, Jack remit le sac sur ses épaules et nous nous mîmes en route.
Le c½ur battant, je marchais dans les pas de Jack, avec précaution, sans bruit. La nuit tomberait bientôt et notre fuite dans la montagne allait en être treinée.
_ Tu crois qu'ils sont loin? demandais-je, sans lever les yeux.
_Je n'en sais rien, je ne sais paS non plus s'ils étaient en fait plus nombreux ... mais la seule chose à faire, c'est de parvenir sur l'autre versant, avant eux. Nous devrons marcher tant que nos yeux seront capables de voir.
Ainsi, nos pas devinrent plus rapides et notre prudence s'accrut davantage.

La nuit tomba peu à peu sur la montagne, nous englobant dans une ombre totale, La belle lune de la veille ne pouvait plus, hélas, rien pour nous car les nuages bloquaient toute lueur.
Progressivement, ma vue devint moins claire, mes yeux me piquaient et je ne voyais quasiment plus rien:
_ Jack, je ne peux plus voir où je marche ...
Il se frotta les yeux et à son tour, il acquiesça:
_ On s'arrête ici!
J'entendais clairement sa voix mais je le décelais à peine, devant moi. Nous étions tout deux, morts de fatigue.
_ J'ai mis une couverture sur le sol, l'entendit je declarer , nous allons nous reposer.
_ Comment allons-nous continuer dans le noir ?
Je le sentis s'accroupir à mes côtés.
_ Pour l'instant, on ne peut plus continuer. Dès les premières lueurs de l'aube, on reprendra la route. Nous ne sommes plus très loin.
Je mis ma tête contre lui. Qu'allait-il nous arriver ? ... J'avais si peur qu'il me semblait entendre des bruits venant de tous côtés.
_ Jack, serre-moi!
_ Chut! N'aie pas peur, je suis là ...
Dans la nuit noire, je pus laisser sans honte couler mes larmes. II n'y avait pas d'issue. Jack n'était plus à moi. Ces moments étaient les derniers que nous passerions ensemble. Au petit jour, si tout se déroulait bien, Jack s'envolerait loin de moi.
_ A quoi penses-tu, en cet instant, Jack?
_ A toi! Que vas-tu faire lorsque je serai parti?
Je réfléchis un instant:
_ Je crois que j'irai dire au revoir à ton père et à Kim, et je rentrerai à Washington. Bien.
_ Bien?
_ Oui, maintenant, il fàut refaire ta vie. C'est si facile! sifflais-je, amère. Que veux-tu dire ?
rien...rien... .... sans Importance .
Cela n'avait plus d'importance pour lui, ma peine, mon chagrin ... ma vie brisée!
Nous n'allons plus nous revoir, n'est-ce pas ?
Jack passa son bras autour de mes épaules:
_ Tu sais, ces moments passés ensemble ont été merveilleux, je tiens beaucoup à toi. Nous avons créé des liens entre nous et jamais, je n'oublierai ce que je ressens avec toi ... mais ça doit s'arrêter là.
II aimait encore Betty, il l'aimerait toujours.
A quoi bon lui dire combien il comptait pour moi combien je l'aimais ... II avait passé du bon temps avec mo~ il m'avait serrée dans ses bras. II y avait quelque chose entre nous, pourquoi le refusait-il?
Je vais me reposer un peu, dis-je, en m'allongeant sur le sol. Bonsoir.
Avant l'aube, Jack me réveilla:
Shawn, il fait encore nuit, mais il faut se remettre en route.
_ Quelle heure est-il? demandais-je, désorientée.
_ Cinq heures, mais il faut arriver plus tôt au pic. Les fédéraux ont dû comprendre que quelque chose n'allait pas. Ils ont l'habitude de me contacter tous les soirs, à vingt-deux heures. A l'heure qu'il est, ils doivent être à notre recherche.
Je fus soulagée par cette réponse. Le FBI avait toujours suscité en moi confiance et respect.
Je regardais Jack, en souriant mais lorsque je vis son visage, mon sourire s'évanouit aussitôt.
Il avait l'air d'un chien battu. Je me levais près de lui et lui caressais la joue, avec douceur.
_ Tu as l'air si fatigué!
Il prit ma main dans la sienne.
_ Je t'ai regardée, cette nuit... tu es três belle! Je mourrais d'envie de te prendre dans mes bras.
_ Pourquoi ne l'as-tu pas fait?
Il détourna la tête.
_ Non, ne dis rien ... Betty !
_ Ecoute, Shawn....commença-t-il ...
Je secouais la tête:
_ Non, je ne veux plus t'entendre parler encore d'elle! Betty, c'est ton passé ... je suis là, :aujourd'hui et ...
Jack me plaqua une main sur la bouche.
Prise de panique, je ressentis la proximité du danger.
Nos pourchassants étaient tout près. A travers les branches, des lumières de torches balayaient les fourrés.
Ils se rapprochent.
_ Vite, partons !
Le soleil se levait derrière le grand pic et le jour était déjà là. Jack me tirait par la main et accélérait la cadence, encore et encore, tandis que nous arrivions au sommet.
_ Jack, pitié, cela fait une heure que nous courons dans la montagne ... je n'en peux plus! Courage !. .. nous arrivons ... voici le grand pic!
Presque parvenus sur la crête de la montagne, sortis de la partie boisée, nous étions à présent à découvert. :
Nous n'avions pas eu de nouvelles de nos poursuivants, ils avaient certainement cru que nous étions descendus au village.
_Voilà ... nous allons bientôt nous dire au revoir, commencea Jack les fédéraux vont arriver, ils te déposeront
chez toi.
_ Et toi, Jack, que va-t-il t'arriver? lui demandais-je, le regardant au fond des yeux.
_ Je vais bientôt témoigner au procès et envoyer ces salauds en prison. Je vais enfin reprendre
ma vie ...
_ Jack, regarde-moi dans les yeux: tu évites presque toujours mon regard ... tu as peut-être peur de voir la vérité en face, peur de voir que c'est moi ...
Je n'eus pas le temps de terminer.
Des balles sifflèrent autour de nous, nous obligeant à baisser la tête. Soudain, Jack poussa un grognement . et se plia en deux, plaquant une main" sur sa poitrine.
Mon Dieu, tu es blessé!
_ Continue de monter. .. ne t'occupe pas de moi! dit-il, en me poussant avec brusquerie.
_ Non ... viens !
Sans perdre une minute, je passais son bras autour de mon cou, essayant de le faire progresser avec moi.
_ Laisse-moi ... c'est moi qu'ils veulent. .. pars! tu entends!
Jetant un coup d'½il derrière moi, je les aperçus plus bas et je vis qu'ils gagnaient du terrain.
_ Courage! On va y arriver, tu verras ...
Jack semblait en train de perdre conscience et je vis la main dont il couvrait sa blessure ruisseler de sang. Nos poursuivants gagnaient toujours sur nous et je voyais notre mort approcher.
_ Vite, Jack! Je t'en supplie, debout!
Alors que tout semblait perdu, deux hélicoptères apparurent soudain devant nous et nous nous jetâmes sur le sol pour les éviter. Jack reprit conscience.
_ C'est le FBI... on est sauvé! Dieu merci ... tu vas vivre, Jack!
Ivre de joie, je pris son visage couvert de sueur entre mes mains et le couvrais de mille baisers. Derrière nous, des coups de feu, des cris ... mais tout semblait irréel. Mes yeux, dans ceux de Jack, je savourais ce moment de paix. Souriant de tout mon c½ur à l'homme que j'aimais:
_ C'est fini, Jack ... tu vas enfin pouvoir vivre ... sans te cacher, sans avoir peur ... tu vas pouvoir
vivre!
Je lui répétais ces paroles pour lui, comme pour moi. Tout était [fini.
_ Jack, regarde-moi ... Je t'aime! Je n'ai jamais aimé si fort ! .. je n'ai pas honte de te le dire :je t'aime, Jack!
J'étais si bien, je lui avais avoué mes sentiments et maintenant, il allait me dire que lui aussi m'aimait et nous pourrons vivre ensemble et nous aimer!
Un homme du FBI s'approcha de nous:
_ Excusez-moi, M. Milton, il faut revenir avec nous.
Jack leva les yeux vers lui:
_ Je peux avoir une minute? demanda t-il.
L'homme acquiesça et recula de plusieurs mètres. Jack se retourna vers moi, passa une main sur ma joue :

# Posté le mercredi 12 mars 2008 07:11

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_ Shawn ... tu as été courageuse. Je te dois beaucoup mais ...
Il se leva:
_ ... je ne t'aime pas. Fini t- il
Un couteau m'aurait frappée en plein c½ur que je n'en aurais pas moins souffert !
_ Non .. je ne te crois pas! ,
Je secouais la tête, comme pour sortir d'un mauvais rêve.
_ Shawn, écoute-moi, tu es très belle, douce et drôle ... mais je n'ai rien à te donner, tu comprends?
_ Non, je ne comprends pas ! Je ne veux rien d'autre que toi ...
_ Je ne peux pas. Excuse-moi.
Les agents du FBI vinrent chercher Jack et l'emmenèrent dans un hélicoptère. Je ne voulais pas croire que c'était cela la fin de notre histoire. L'hélicoptère décolla et comme une folle, je courus dans sa direction.
_ Jack! Non! Je t'aime ... je t'aime ... continuais-je, dans un sanglot.
L'hélicoptère s'éloigna.
A genoux dans l'herbe, les poings sur mes yeux, je ne m'étais pas aperçue qu'il restait un hélicoptère posé sur le plateau. Un des hommes en sauta pour venir me chercher.
_ Venez, Madame ... on va vous conduire à l'hôpital!
_ Je ne suis pas blessée! ... Je veux rentrer chez moi.
_ Entendu. répondit il un peu embarassé.
C'était la première fois que je montais à bord d'un hélicoptère, mais à vrai dire, je n'y prêtais pas la moindre attention.
_ Madame, tout ce qui s'est passé doit rester secret, me recommanda un lieutenant, assis à mes côtés. Dans votre intérêt, oubliez cette histoire!
_ Oui c'est le mieux ... en effet, murmurais-je.
_ Monsieur Jack T. Milton ne veut pas que l'on vous fasse témoigner. II veut sans doute vous tenir à l'écart de cette affaire.
_ Sans doute. murmurais-je.
Je ne pouvais plus penser. La tête vide, il me pressait d'arriver chez moi. L'hélicoptère me déposa au refuge du versant nord et on mit une voiture à ma disposition. J'arrivais à peine à tenir le volant: Jack avait osé me dire qu'il ne m'aimait pas! Tous ces moments merveilleux, tous ses baisers, toutes ses caresses ... ce n'était rien!
_ Pourquoi, Jack?
J'écrasais la pédale de frein et pilais sur le coté de la route:
_ C'est si facile,Jack!..eh bien pars!! Oublie moi! Mais ne me demande pas de ne pas t'aimer car je ne le peux pas.


FIN DU CHAPITRE 6

# Posté le mercredi 12 mars 2008 07:18

CHAPITRE 7

CHAPITRE 7

Washington brillait sous le soleil d'été.
Le vol avait été rapide et agréable biens que précipité. Une semaine seulement avait passé depuis le départ de Jack.
J'avais dit adieu à Taureau Agile et à Kim, et décidais de tourner la page. La ville allait peut -être me changer les idées mais j'avais surtout besoin d'aide.
_ Hou ! hou! Shawn !
Sydney, le bras en l'air, faisait des signes pour que je puisse la repérer. Fêtant bientôt ses quarante-cinq ans, elle était une femme pleine d'entrain et de joie de vivre. Sous une allure de grande blonde hautaine, se cachait un c½ur d'or qui ne s'écaillait jamais, même après ses successifs déboires amoureux.
_ Sydney ... c'est bon de te voir! lui dis-je, en la serrant dans mes bras. Tu vas tout me raconter!
Sydney m'installa dans son appartement; nous sortîmes déjeuner dehors. Elle eut la délicatesse de ne pas me poser de questions. Nous fimes le tour du parc et Sydney insista pour me traîner dans les boutiques. Finalement, en fin d'après-midi, nous prîmes le chemin du retour. Après un dîner accompagné d'une bonne bouteille de vin, je commençais à conter mes mésaventures à mon amie.
_ Les jours à venir vont être durs pour toi, me dit Sydney, mais je suis ton amie, je suis là pour t'aider à surmonter ton chagrin.
La bienveillante Sydney me rassura beaucoup dans les semaines qui suivirent.
Grâce à elle, je sus remonter la pente et penser moins à Jack. J'avais beaucoup changé, je n'avais plus le sourire, je n'avais plus d'appétit et j'avais mûri. Je ne voyais plus la vie sous le même jour. Sydney m'invita souvent à sortir pour me changer les idées: cinéma, théâtre, restaurant, soirées mondaines ... mais la vie urbaine était pour moi si triste. Toute cette foule! la pollution, la circulation, tous ces innneubles !
Adieu mes splendides montagnes enneigées! Adieu mes belles forêts de sapins et de bouleaux! Adieu mes douces fleurs sauvages! Sans toutes ces merveilles, je n'aurais jamais pu terminer mon roman aujourd'hui en cours de parution. Ici, à Washington, je n'avais qu'une seule envie: rester devant la télévision, m'évader dans les séries américaines en mangeant du pop corn.
Cela rendait Sydney furieuse. Dès son retour, elle éteignait l'écran et me tirait du canapé. Le mains sur les hanches, elle se plantait devant moi:
- Dépêche-toi de te préparer, ce soir on sort! ... et chaque soir, on sortait.

Deux mois passerent..
Sydney me parlait souvent de son frère qui travaillait pour une grosse compagnie d'aviation. Selon elle, il était simple et très sympathique.
Elle me précisa aussi qu'il était un beau garçon. Devant mon regard inquisiteur, elle me rassura: il n'était pas pilote ... ouf! Maintenant, je détestais l'uniforme! Un jour, Sydney insista pour me présenter son frère, de passage en VILLE

_ Allez ... ne te fais pas toujours prier! mon frère est très gentil et il te plaira beaucoup!
Je ne me sentais pas prête à rencontrer quelqu'un d'autre pour l'instant mais devant l'insistance de Sydney, je ne pus que céder.
_ Super! John te plaira!
A la dernière minute, j'eus bien envie de décommander car j'avais une migraine affieuse.
Lorsque mon visage se refléta dans mon miroir, je fus effarée. Le médecin que je venais de consulter m'avait bien renseignée: deux longues cernes noires bordaient mes yeux, j'étais malade, malade et surtout ... enceinte!
Les jours qui suivirent furent les pires de mon existence. Toute ma vie venait de basculer et je ne savais plus où j'en étais. J'attendais un enfant de Jack, la plus merveilleuse chose qui pouvait m'arriver. Cependant, malgré cette grande joie, il m'était difficile de faire le point.
Mon amour pour ce bébé, la ranc½ur que je ressentais pour Jack qui m'avait abandonnée, l'amour si puissamment ancré dans mon c½ur malgré mes efforts pour le chasser. .. Moi qui souhaitais tourner la page, il aurait fallu ... Les choses étaient maintenant différentes, une vie grandissait en moi. Je désirais ce bébé, il était aussi un peu de la présence de Jack et tout ce qui me restait de lui. Mon bébé était à moi, il ne serait jamais une arme pour ramener Jack. Si Jack désirait un jour me retrouver, rien ne l'en empêcherait, il connaissait mon adresse et s'il revenait, ce serait uniquement pour moi et ce jour-là, dans ses bras, je déposerais son fils.
_ Shawn, arrête de rêver, Jack ne reviendra pas ! cria ma conscience.
_ Ne t'en fais pas, mon bébé, je t'aime assez pour deux, ta maman va mieux apprécier la vie maintenant que tu es là, murmurais-je une main contre mon ventre.
La vie était tout à coup plus belle. Après tout, je n'étais pas seule, Sydney était là plus que jamais et John s'était révélé d'une charmante compagnie. Grand et bien charpenté, style « armoire à glace », il était très brun, à l'opposé de sa s½ur et très très sympathique. Il était à Washington pour affaire, disait-il mais depuis notre rencontre, John ne me quittait plus. Il avait loué un appartement en ville et passait dès qu'il avait une minute de liberté. Sydney voyait cela d'un bon ½il et s'esquivait subrepticement à chacune de ses visites.
Un jour, alors que je me trouvais dans mon bain, elle vint me parler:


# Posté le mercredi 12 mars 2008 07:38

Modifié le vendredi 14 mars 2008 00:33

suite



_ Shawn, je viens de parler à John au téléphone et il me demandait, comme cela fait deu.x mois que vous vous voyez régulièrement. .. enfin ... il m'a demandé s'il y avait une petite chance pour lui ... dans ta vie 7?
Loin d'être surprise des propos de 'Sydney, je fixais mon regard sur la mousse devant moi et réfléchis longuement. Sydney s'était assise sur le tabouret, près de la baignoire et me laissait réfléchir.

Une main caressant mon ventre déjà rond, je pensais que jamais avant aujourd'hui, je n'avais envisagé de penser à un autre père que Jack, pour mon bébé. Il est vrai que cela faisait presque cinq mois qu'il m'avait quittée. Je mis fin à mes pensées et me rappelais que Sydney attendait une réponse.
Lorsque je me retournais pour lui parler enfIn, elle avait quitté la pièce discrètement. Quelle chance d'avoir deux amis si sincères avec moi! et si patients ...
Il est vrai que John pourrait être un père formidable et un mari attentionné ... mais je n'éprouvais qu'une grande amitié pour lui. Je sortis du bain, enfIlais un peignoir et j'allais retrouver Sydney à la cuisine. En arrivant dans le couloir, j'entendis que la radio diffusait des informations. A mon arrivée dans la cuisine, Sydney sursauta et coupa la radio.
_ Ah! Shawn ! ... Tu m'as fait peur !
_ Je le vois bien, tu es pâle à faire peur !
_ J'écoutais la radio et... je ne t'ai pas entendue venir! s'exclama Sydney, ponctuant sa phrase d'un rire nerveux.
_ Laisse la radio, cela ne me dérange pas, tu sais bien!
Sydney sembla pâlir encore et je crus qu'elle allait défaillir. Elle bafouilla qu'elle préférait ne plus écouter la radio car il n'y avait que des nouvelles déprimantes.
_ Après tout, tu as raison. Dis, à propos, je voudrais bien sortir, ce week-end ... tu crois que
John ...
_ Oh! Bien sûr! me coupa-t-elle, John voulait justement t'emmener quelque part. A un banquet,
je crois ...
_ Un banquet ? et il ne t'a pas dit où ?
_ Non, car il n'était pas sûr que tu veuilles l'y accompagner. .. Il va être fou de joie!


Le samedi soir arriva et nous attendions John qui devait venir me chercher pour me conduire.
_ Sydney, aide-moi à remonter cette fermeture éclair, je n'y arrive pas !
_ Ecoute ... jamais tu ne pourras rentrer dans cette robe, sois raisonnable! s'indigna Sydney
La sonnette de la porte d'entrée retentit.
_ C'est John! cria Sydney excitée, en me plantant là pour aller ouvrir.
Restée seule dans ma chambre, je me concentrais sur cette maudite fermeture éclair.
Sydney, enfin, me rejoignit dans la chambre.
_ Regarde ce que John vient de t'apporter! dit-elle, en me montrant une robe magnifique d'un bleu nuit, avec des strass lumineux et un décolleté surmonté d'une écharpe de mousseline blanche. Vite! mets-la! John m'a dit que ce soir, il voulait que ce soit toi la plus belle!
En très peu de temps, je fus parée. La robe du soir m'allait parfaitement.
Pas trop longue, elle m'arrivait à mi-genou. Le devant de la robe formait un drapé croisé et mettait en valeur la rondeur de mon ventre.
_ Tu es superbe! s'exclama Sydney, mon frère a bon goût.
John était vraiment bien. Par ce gesté, il voulait me montrer qu'il était fier de sortir avec moi ce soir et qu'il ne voulait cacher à personne que j'attendais un enfant. Pour lui ce soir-là, je fis de mon mieux pour paraître à mon avantage. Je fis une tresse lâche sur le côté et l'attachait avec un gros n½ud, à l'aide d'un ruban blanc. Une dernière touche de maquillage, un regard dans le miroir: j'étais prête.
Je descendis l'escalier avec angoisse, attendant la réaction de John. Au pied des marches, celui-ci me regardait, un sourire radieux sur les lèvres.
_ Vous êtes très belle! dit-il, en m'embrassant sur la joue.
Sydney arriva derrière nous et gloussa:
_ John! que tu es vieux jeu ! cela fait deux mois que tu connais Shawn et tu la vouvoies encore!
John rougit comme un enfant et jeta un regard courroucé à sa s½ur :
_ Sydney ... je ne crois pas que Shawn apprécierait!
Devant l'embarras de John qui ressemblait à un petit garçon boudeur, Sydney et moi ne pûmes nous retenir de rire. Je posais ma main sur la joue de John et le rassurais:
_ Je crois que je ne verrais qu'une grande marque d'affection si nous nous disions « TU» et je ponctuais mes paroles en déposant une bise sonore sur sa joue.
John me regarda en riant.
_ Oh! Sydney avait raison, tu n'es qu'une chipie!
Faussement froissée, je réajustais la mousseline sur mes épaules.
_ Où va t-on, ce soir ?
_ Chez M. Bowlings, le directeur de la compagnie d'aviation pour laquelle je travaille.
Nous prîmes congé de Sydney qui avait d'autres projets et nous prîmes la voiture de John, une porche rouge flambant neuve. La mienne semblait si fade: un vieux cabriolet.

La maison des Bowlings se situait à la sortie de la ville. C'était une maison immense, ressemblant à un manoir. Au milieu d'un parc plein d'arbres et de massifs de fleurs. La grande allée qui y conduisait était bordée de voitures.
_ Visiblement, nous ne serons pas les premiers invités, me dit John, en cherchant une place pour
se garer.

# Posté le mercredi 12 mars 2008 15:30

suite

Sur le perron de la maison, les invités défilaient devant le maître des lieux. John fit le tour de la voiture pour ouvrir ma portière. Lorsqu'il me tendit la main pour m'inviter à descendre, j'eus un mouvement de recul causé par mon angoisse. John s'accroupit près de la voiture:
_ Qu'est-ce qui ne va pas ?
' Je lui souris timidement.
_ Je ne suis pas à l'aise ... que va penser ton patron en te voyant arriver au bras d'une femme enceinte ?
_ Il va penser que je suis le plus heureux des hommes! repondit il en souriant.
. _ .. Et si on pose des questions ? ... si on nous demande si ...
_ Shawn ... reste près de moi et tout ira bien. dit il pour clore ce debat
Cette fois-ci, je lui tendis la main.
- Tu es très élégant dans ce costume, lui glissais-je à l'oreille.


M. Bowlings était un homme d'une soixantaine d'années, agréable et charmant.
_ Voilà donc la dame de vos pensées! dit il en me souriant pour m'accueillir.
John passa son bras autour de ma taille:
_ Elle est merveilleuse, n'est-ce pas ?
John m'embrassa sur la joue et je souris gracieusement à notre hôte tandis qu'un couple se rapprochait de nous.
M. Bowlings, poliment, commença les présentations :
_ Shawn et John, laissez-moi vous présenter deux de mes amis, Monsieur et Madame Milton.
Le sourire que j'avais sur les lèvres se figea soudain.
Pendant que le temps arrêtait de s'écouler, je vis une main se tendre vers moi ... celle de Jack. Il était beau et parfaitement bien à sa place dans un smoking blanc, ses cheveux taillés en brosse et ses yeux verts ... dans lesquels je pouvais lire surprise et ranc½ur. Je ne sais pas ce qu'il put lire dans les miens lorsque je tournais les yeux sur sa compagne. C'était elle ! ... C'était bien Betty ... sa femme! Elle n'était donc pas morte! Il m'avait manipulée! Je sentis monter en moi assez de force pour bouger des montagnes et assez de dégoût pour leur vomir dessus. Fielleuse, je tendis une main de fer à cet ex-fantôme, en souriant de toutes mes forces.
_ Enchantée de vous connaître, Mme Milton, commencais je, vous avez une robe absolument charmante!
_ Appelez-moi Betty, répondit-elle, en grimaçant lorsque je desserrais ma poignée de main.
Je décidais d'ignorer jusqu'à la présence de Jack. Prenant John par le bras, je l'entraînais vers le buffet.
_ Tu connais ces gens-là ? me demanda-t-il.
_ Non ... mais ils me sont très antipathiques!
_ Ah bon ....repondit john interdit.
Nous rencontrâmes énormément de personnes au cours de cette soirée et j'étais soulagée qu'il y ait tant de monde, ce qui me permettait à peine d'apercevoir Jack. De toute fuçon, il était trop occupé avec elle pour me remarquer.
Lorsque tous les invités furent arrivés, M. Bowlings monta sur l'estrade:
_ Mesdames ... Messieurs .. : Je voudrais retenir votre attention, s'il vous plaît. Vous savez que nous sommes tous ici ce soir, pour feter les quarante ans d'anniversaire de la compagnie ... mais une chose d'extraordinaire ... ce soir, nous avons la chance d'avoir à nos côtés, un couple qui fait la une des journaux et pour qui nous éprouvons respect et admiration. J'ai nommés M. et Mme Milton. !

Sous un tonnerre d'applaudissements, Jack et Betty montèrent aux côtés de M. Bowlings. Prenant la parole à son tour, Jack parcourut la foule des yeux et m'aperçut.
_ Je voudrais remercier tous ceux qui sont présents ici, ce soir et qui nous ont soutenus, ma femme et moi, pendant ces épreuves terribles. Merci à tous!
Betty se rapprocha, salua la foule et embrassa son mari avec passion. Notre hôte fit signe à l'orchestre et les musiciens se mirent en place.
_ Tu veux danser avec moi, Shawn, me demanda John, me sauvant de la nausée qui m'envahissait.
_ Avec plaisir. lui repondis je.
Je suivis John sur la piste de danse.
_ Tu as l'air tendue ... qu'est-ce qu'il y a ?s'enquit il.
_ C'est sans doute à cause de mon état!
_ Détends- to i.
John me serra un peu plus fort dans ses bras :
_ Je déteste cette femme, je la déteste! J'aurais préféré ne jamais savoir ... Me détendre, me répétais-je ...

Cette soirée aurait été agréable sans la présence de Jack. La musique était douce et l'orchestre jouait des airs connus. Pour John, je devais me détendre. Je mis ma tête sur son épaule et me laissais aller avec la musique. John m'embrassa sur le cou, sur la joue puis chercha mes lèvres. Je répondis à son baiser avec une grande douceur. John me sourit et resserra encore son étreinte. Levant les yeux, je vis que Jack et sa femme étaient sur la piste de danse. Jack me regardait intensément et je me sentis mal à l'aise.
_ John, je voudrais prendre l'air ... je peux sortir un instant?
_ Bien sûr, viens, je t'emmène dans le parc. proposea t il
_ Je préférerais y aller seule ...
John s'inclina et se fondit dans la foule.
L'air du soir était délicieusement trais et je fis quelques pas jusqu'à un petit banc, sous un saule. Comme cette maison était belle! Un jour, peut-être, j'aurais une maison à moi, avec un petit jardin où mon enfànt pourrait jouer. .. Je descendis la mousseline sur mes épaules.

# Posté le jeudi 13 mars 2008 07:43