Jack descendit un peu le chemin puis escalada le rocher jusqu'au sommet.
De loin, sur le sentier, en contrebas, je vis arriver un groupe de trois hommes, habiIlés en randonneurs, l'air exténué. Lorsqu'ils arrivèrent à ma hauteur, je les reconnus ...
Eux, par contre,n'eurent pas l'impression de me reconnaître.
Il est vrai que j'étais habiIlée de façon différente et que mes cheveux étaient tirés sous ma casquette alors qu'ils étaient sur mes épaules, lors de notre rencontre à la boulangerie.
Avez-vous vu le guide de montagne? Nous avons vu son chalet mais il ne s'y trouve pas?
Apercevant du coin de l'½il Jack redescendre du rocher, je compris le danger imminent et décidais de jouer mon plus beau sourire.
_ Bien sûr ... j'ai vu le guide, il est passé ici il y a une heure, il grimpe au refuge ... Moi, j'attends mon mari qui ne devrait plus tarder!
_ Merci, excusez-nous!
Ils échangèrent un regard et repartirent. Lorsqu'ils disparurent, Jack arriva:
_ C'étaient eux, n'est-ce pas? demandea t il
_ Oui ... J'ai eu peur !
_ Que t'ont-ils dit?
_ Ils te cherchent, je les ai envoyés au refuge! Viens, partons !
Nous redescendîmes vers le chalet, mais, arrivés au tournant du sentier, Jack s'arrêta net et me poussa dans les fourrés. Interdite, je restais allongée dans l'herbe, regardant Jack s'accroupir à côté de moi.
D'un signe de la tête, il me désigna le chalet et je vis deux hommes armés en sortir.
_ Ils sont là ! murmura Jack.
_ Deux, seulement, puisque j'en ai aperçu trois, tout à l'heure! Ils se sont séparés pour couvrir plus de terrain.
Jack se tourna vers moi et me sourit:
_ Ils ont dù trouver ton sac, et la radio. Ils vont comprendre que tu leur as menti ... Il faut que j'arrive derrière le chalet, on a besoin de mon équipement pour descendre dans les gorges.
Il se leva lentement, je le saisis par la manche pour le retenir :
_ Non, n'y vas pas! C'est trop dangereux ... ils sont armés!
_ Je vais revenir, dit-il, en déposant un baiser sur mes lèvres et il s'éloigna à travers les buissons.
C'était une situation horrible. Je n'osais à peine respirer ...
Jack, avec la ruse d'un sioux et l'agilité d'un grand fauve se faufilait jusqu'à la maison. Lorsqu'il y arriva, je fermais les yeux et entrepris de calmer les battements de mon c½ur. J'ouvris un ½il et jetais un regard en direction de Jack ... personne! Affolée, je fouillais des yeux les fourrés à droite puis à gauche, et enfin, je l'aperçus! Chargé de son sac à dos, il revenait vers moi.
_ J'ai tout ce qu'il nous fàut... nous allons grimper par la rive du torrent jusqu'au grand pic!
je senti la panique me gagner .
_ Je ne saurais pas .. je n'ai jamais fait d'escalade . .. en plus, j'ai le vertige! répondis-je affolée, Nous pourrions en quelques minutes descendre à la réserve demander de l'aide!
Jack hocha negativement la tete
_Je ne veux pas les mêler à ça, ils se feraient tuer! Il faut que nous nous débrouillions tout seuls! Nous n'avons pas le choix., fais-moi confiance!
Ce qu'il ne savait pas alors, c'est que je l'aurais suivi jusqu'au bout du monde ...
Pour atteindre le torrent, nous dûmes descendre le long de la montagne. Cela nous faisait perdre du temps mais Jack pensait que nos poursuivants ne se douteraient pas de nos projets. Arrivés eu bord du torrent, Jack regarda sa montre:
Il est dix-neuf heures, nous avons encore une heure, voire une heure trente de jour devant nous. Profitons-en pour remplir les gourdes dans le torrent
Après avoir passé en revu le le matériel, Jack remit le sac sur ses épaules et nous nous mîmes en route.
Le c½ur battant, je marchais dans les pas de Jack, avec précaution, sans bruit. La nuit tomberait bientôt et notre fuite dans la montagne allait en être treinée.
_ Tu crois qu'ils sont loin? demandais-je, sans lever les yeux.
_Je n'en sais rien, je ne sais paS non plus s'ils étaient en fait plus nombreux ... mais la seule chose à faire, c'est de parvenir sur l'autre versant, avant eux. Nous devrons marcher tant que nos yeux seront capables de voir.
Ainsi, nos pas devinrent plus rapides et notre prudence s'accrut davantage.
La nuit tomba peu à peu sur la montagne, nous englobant dans une ombre totale, La belle lune de la veille ne pouvait plus, hélas, rien pour nous car les nuages bloquaient toute lueur.
Progressivement, ma vue devint moins claire, mes yeux me piquaient et je ne voyais quasiment plus rien:
_ Jack, je ne peux plus voir où je marche ...
Il se frotta les yeux et à son tour, il acquiesça:
_ On s'arrête ici!
J'entendais clairement sa voix mais je le décelais à peine, devant moi. Nous étions tout deux, morts de fatigue.
_ J'ai mis une couverture sur le sol, l'entendit je declarer , nous allons nous reposer.
_ Comment allons-nous continuer dans le noir ?
Je le sentis s'accroupir à mes côtés.
_ Pour l'instant, on ne peut plus continuer. Dès les premières lueurs de l'aube, on reprendra la route. Nous ne sommes plus très loin.
Je mis ma tête contre lui. Qu'allait-il nous arriver ? ... J'avais si peur qu'il me semblait entendre des bruits venant de tous côtés.
_ Jack, serre-moi!
_ Chut! N'aie pas peur, je suis là ...
Dans la nuit noire, je pus laisser sans honte couler mes larmes. II n'y avait pas d'issue. Jack n'était plus à moi. Ces moments étaient les derniers que nous passerions ensemble. Au petit jour, si tout se déroulait bien, Jack s'envolerait loin de moi.
_ A quoi penses-tu, en cet instant, Jack?
_ A toi! Que vas-tu faire lorsque je serai parti?
Je réfléchis un instant:
_ Je crois que j'irai dire au revoir à ton père et à Kim, et je rentrerai à Washington. Bien.
_ Bien?
_ Oui, maintenant, il fàut refaire ta vie. C'est si facile! sifflais-je, amère. Que veux-tu dire ?
rien...rien... .... sans Importance .
Cela n'avait plus d'importance pour lui, ma peine, mon chagrin ... ma vie brisée!
Nous n'allons plus nous revoir, n'est-ce pas ?
Jack passa son bras autour de mes épaules:
_ Tu sais, ces moments passés ensemble ont été merveilleux, je tiens beaucoup à toi. Nous avons créé des liens entre nous et jamais, je n'oublierai ce que je ressens avec toi ... mais ça doit s'arrêter là.
II aimait encore Betty, il l'aimerait toujours.
A quoi bon lui dire combien il comptait pour moi combien je l'aimais ... II avait passé du bon temps avec mo~ il m'avait serrée dans ses bras. II y avait quelque chose entre nous, pourquoi le refusait-il?
Je vais me reposer un peu, dis-je, en m'allongeant sur le sol. Bonsoir.
Avant l'aube, Jack me réveilla:
Shawn, il fait encore nuit, mais il faut se remettre en route.
_ Quelle heure est-il? demandais-je, désorientée.
_ Cinq heures, mais il faut arriver plus tôt au pic. Les fédéraux ont dû comprendre que quelque chose n'allait pas. Ils ont l'habitude de me contacter tous les soirs, à vingt-deux heures. A l'heure qu'il est, ils doivent être à notre recherche.
Je fus soulagée par cette réponse. Le FBI avait toujours suscité en moi confiance et respect.
Je regardais Jack, en souriant mais lorsque je vis son visage, mon sourire s'évanouit aussitôt.
Il avait l'air d'un chien battu. Je me levais près de lui et lui caressais la joue, avec douceur.
_ Tu as l'air si fatigué!
Il prit ma main dans la sienne.
_ Je t'ai regardée, cette nuit... tu es três belle! Je mourrais d'envie de te prendre dans mes bras.
_ Pourquoi ne l'as-tu pas fait?
Il détourna la tête.
_ Non, ne dis rien ... Betty !
_ Ecoute, Shawn....commença-t-il ...
Je secouais la tête:
_ Non, je ne veux plus t'entendre parler encore d'elle! Betty, c'est ton passé ... je suis là, :aujourd'hui et ...
Jack me plaqua une main sur la bouche.
Prise de panique, je ressentis la proximité du danger.
Nos pourchassants étaient tout près. A travers les branches, des lumières de torches balayaient les fourrés.
Ils se rapprochent.
_ Vite, partons !
Le soleil se levait derrière le grand pic et le jour était déjà là. Jack me tirait par la main et accélérait la cadence, encore et encore, tandis que nous arrivions au sommet.
_ Jack, pitié, cela fait une heure que nous courons dans la montagne ... je n'en peux plus! Courage !. .. nous arrivons ... voici le grand pic!
Presque parvenus sur la crête de la montagne, sortis de la partie boisée, nous étions à présent à découvert. :
Nous n'avions pas eu de nouvelles de nos poursuivants, ils avaient certainement cru que nous étions descendus au village.
_Voilà ... nous allons bientôt nous dire au revoir, commencea Jack les fédéraux vont arriver, ils te déposeront
chez toi.
_ Et toi, Jack, que va-t-il t'arriver? lui demandais-je, le regardant au fond des yeux.
_ Je vais bientôt témoigner au procès et envoyer ces salauds en prison. Je vais enfin reprendre
ma vie ...
_ Jack, regarde-moi dans les yeux: tu évites presque toujours mon regard ... tu as peut-être peur de voir la vérité en face, peur de voir que c'est moi ...
Je n'eus pas le temps de terminer.
Des balles sifflèrent autour de nous, nous obligeant à baisser la tête. Soudain, Jack poussa un grognement . et se plia en deux, plaquant une main" sur sa poitrine.
Mon Dieu, tu es blessé!
_ Continue de monter. .. ne t'occupe pas de moi! dit-il, en me poussant avec brusquerie.
_ Non ... viens !
Sans perdre une minute, je passais son bras autour de mon cou, essayant de le faire progresser avec moi.
_ Laisse-moi ... c'est moi qu'ils veulent. .. pars! tu entends!
Jetant un coup d'½il derrière moi, je les aperçus plus bas et je vis qu'ils gagnaient du terrain.
_ Courage! On va y arriver, tu verras ...
Jack semblait en train de perdre conscience et je vis la main dont il couvrait sa blessure ruisseler de sang. Nos poursuivants gagnaient toujours sur nous et je voyais notre mort approcher.
_ Vite, Jack! Je t'en supplie, debout!
Alors que tout semblait perdu, deux hélicoptères apparurent soudain devant nous et nous nous jetâmes sur le sol pour les éviter. Jack reprit conscience.
_ C'est le FBI... on est sauvé! Dieu merci ... tu vas vivre, Jack!
Ivre de joie, je pris son visage couvert de sueur entre mes mains et le couvrais de mille baisers. Derrière nous, des coups de feu, des cris ... mais tout semblait irréel. Mes yeux, dans ceux de Jack, je savourais ce moment de paix. Souriant de tout mon c½ur à l'homme que j'aimais:
_ C'est fini, Jack ... tu vas enfin pouvoir vivre ... sans te cacher, sans avoir peur ... tu vas pouvoir
vivre!
Je lui répétais ces paroles pour lui, comme pour moi. Tout était [fini.
_ Jack, regarde-moi ... Je t'aime! Je n'ai jamais aimé si fort ! .. je n'ai pas honte de te le dire :je t'aime, Jack!
J'étais si bien, je lui avais avoué mes sentiments et maintenant, il allait me dire que lui aussi m'aimait et nous pourrons vivre ensemble et nous aimer!
Un homme du FBI s'approcha de nous:
_ Excusez-moi, M. Milton, il faut revenir avec nous.
Jack leva les yeux vers lui:
_ Je peux avoir une minute? demanda t-il.
L'homme acquiesça et recula de plusieurs mètres. Jack se retourna vers moi, passa une main sur ma joue :